Au quartier général de la Stasi

Au quartier général de la Stasi dans l’ancien Berlin-Est

On peut visiter à Berlin l’ancien quartier général de la Stasi. Une plongée angoissante dans la dictature communiste qui s’est effondrée en 1989. Beaucoup de guides étrangers sur l’Allemagne ne consacrent pourtant que peu de pages, voir même seulement quelques paragraphes, à cette époque. La Stasi, police poltique de l’Allemagne communiste,n’avait pourtant rien à envier au KGB soviétique. Mais les Allemands préfèrent sans doute oublier ce terrible passé, une facon aussi de « réconcilier » les deux Allemagne. Autre lieu de visite angoissant: la prison de la Stasi de Hohenschönhausen, où les guides sont d’anciens détenus.

Les patrons de la Stasi

Deux figures bien différentes et souvent opposées ont dominé l’histoire de la Stasi. Celle du criminel Erich Mielke, ministre de la sécurité d’état, qui termina sa carrière, lors de la débâcle, sous les quolibets de l’assemblée du peuple, et celle élégante et distinguée de Markus Wolf, patron de l’espionnage ( la HVA) qui ferma les yeux sur les exactions de ses collèges et couvrit d’innombrables crimes au nom de la fidélité au grand frère soviétique qui avait contribué à la défaite nazie. Ils sont les deux chefs de la Stasi qui sont restés dans l’histoire. Mielke était le patron de Wolf

Markus Wolf, l’intellectuel

Wolf revenu en Allemagne après la guerre avec un passeport soviétique en uniforme d’officier de l’armée rouge, venait d’une famille juive. Il était le fils de Friedrich Wolf un pacifiste communiste auteur de pièces de théâtre. Son père avait fui dès 1933 l’Allemagne nazie avec sa famille sauvant ainsi sa femme et ses deux enfants de la mort. Le frère de Markus devint un talentueux cinéaste.

Ce qui comptait le plus aux yeux du patron de l’espionnage est-allemand ( Mielke ministre de la Sécurité était ainsi son supérieur hiérarchique) était que l’URSS avait combattu les bourreaux nazis. L’oncle de Wolf était mort dans un camp de concentration, et Wolf avait transféré sur l’Occident son désir de punir le nazisme et le fascisme. Il était ainsi devenu un redoutable adversaire pour les services de renseignements étrangers qui pendant des dizaines d’années ne connaissaient même pas son visage.

Erich Mielke la brute

Erich Mielke, patron du MFS ( Ministère de la Sécurité d’État Ministerium für Staatssicherheit, MfS) supérieur hiérarchique et rival de Wolf était un stalinien convaincu qui continua de vénérer jusqu’à la fin le « petit père des peuples ». Entré très jeune au parti, il avait assassiné en 1931 deux policiers à Berlin lors d’une manifestation et s’était enfui en URSS pour échapper à la peine de mort. « Mielke était la Stasi », (titre d’une biographie de Heribert Schwan parue en allemand) et pratiqua au sein même de son parti les méthodes d’épuration stalinienne. Il fut même, rappelle Jean-Paul Picaper dans son ouvrage Berlin-Stasi, à l’origine de deux concepts qui permettaient de condamner pratiquement n’importe qui. Celui de « diversion politico-idéologique » et celui d' »activité politique clandestine ». Mielke mena durant toute sa vie une source lutte d’influence- qu’il ne gagna jamais- contre Markus Wolf. Il avait la confiance de Erich Honecker, le chef d’état est allemand, mais…Wolf qui parfait parfaitement russe avait celle du Kremlin et du KGB.

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