Exposition Bosc à Strasbourg

Exposition Bosc à Strasbourg : de l’humour à l’encre noire

par Alice Blanc

Figure phare et père fondateur du dessin humoristique du XXe siècle, Bosc est un illustrateur de génie non seulement reconnu par ses contemporains mais également par ses successeurs tels Folon, Semp et Copi.

A l’heure où certains d’entre eux (Cabu, Wolinski) ont payé au prix de leur vie leur liberté d’expression, quel meilleur hommage peut-on faire que celui de continuer à célébrer l’humour et l’absurde même dans les moments les plus douloureux ?

Actuellement et jusqu’au 1er mars 2015 se tient l’exposition « Bosc, de l’humour à l’encre noire » au musée Tomi Ungerer- Centre International de l’illustration de Strasbourg qui retrace le parcours graphique du dessinateur Français Jean Bosc (1924-1973) en plus de 250 dessins et documents prêtés par des collections françaises comme étrangères, la popularité de l’artiste traversant largement nos frontières. En plus de cette exposition, des couvertures de Charlie Hebdo ainsi qu’un documentaire intitulé « Fini de rire » sont proposés aux visiteurs afin d’associer Bosc au événement récent, lui qui a si souvent pris le crayon pour exprimer son désaccord avec la société.

Le visiteur est accueilli par une maquette d’avion pour enfant au bas des escaliers semblant nous inviter à prendre de la hauteur dans un monde à mi-chemin entre fantaisie et noirceur.Le thème de la dualité est également présent dans la structure même du musée qui s’étend sur deux étages (un pour l’exposition permanente, l’autre pour les temporaires). L’exposition Bosc est formée de cinq tableaux comme des panneaux indicateurs d’une époque et d’un état d’esprit sur l’autoroute de la vie de l’artiste. Le premier intitulé « Les petits riens » englobe l’absurdité de la vie représentée notamment par un cortège funéraire devant une affiche publicitaire de « La vache qui rit » avec un certain cynisme exprimé au travers d’un labyrinthe dont la seule issue est la mort; une critique de la société des années 60/70 avec une parodie de la construction massive de HLM dont la légende est : « Oui, nous avons une vue magnifique sur la mer ».

Le deuxième grand tableau est sans doute le plus marquant de cette rétrospective. Son nom est : « mort aux tyrans » ce qui résonne de façon particulièrement actuelle. Bosc a participé à la guerre d’Indochine de 1945 à 1948 et en est ressorti profondément traumatisé par les horreurs dont il a été témoin ce qui le poussa à faire un autoportrait torturé à mi-chemin entre la photographie de la mort du Che et la « Leçon d’anatomie » de Tulp. Toutes les guerres deviendront alors source d’inspiration qu’elles soient militaires, sociales, religieuses ou patronales. Il n’hésitera pas à tourner en dérision des tableaux célèbres comme l’Angélus de Millet où des anachronismes sont venus se glisser. C’est avec courage qu’il sera l’un des premiers à oser caricaturer le Général de Gaulle en le dessinant comme bouchon de bouteille contenant la ville de Paris.

La troisième partie « J’aime beaucoup ce que vous faites » est un pied de nez aux critiques d’art et en particulier à l’art contemporain qu’il n’hésite pas à rebaptiser de l’art « comptant pour rien ». C’est avec un immense recule que Bosc est capable de rire de son propre métier en montrant le côté frivole de l’art.

La quatrième partie « Je t’aime » est la moins incisive dans le sens où elle relève de l’intime car le dessinateur s’invite dans la vie des couples avec tous leurs travers et leurs disfonctionnements. Bosc croque avec humour le train-train amoureux quotidien ce qui n’a pas manqué de faire rire et sourire de nombreux visiteurs qui ce sont reconnus dans ces scènes. 

Enfin, le dernier tableau « Bosc & Co » est consacré aux artistes qui ont inspiré Bosc et à ceux qui l’ont succédé. Dans la première catégorie on trouve plusieurs cartoonists New Yorkais comme Charles Addams, Virgil Patch ou Saul Steinberg qui ont été des figures de proues pour Bosc.  L’exposition se termine par des dessins de Wolinski et le documentaire « Fini de rire » d’Olivier Malvoisin qui suit des caricaturistes du monde entier comme pour faire un pied de nez à l’actualité et monter que Bosc fait partie de cette famille de soldats des crayons dont les œuvres par leur force et leur émotion demeureront dans l’Histoire. C’est une exposition magnifique qui vaut le coup d’être vue et vécue. 

Bosc a été récompensé en : – Octobre 1970: grand prix de l’humour noir Grandville pour Je t’aime , (Albin Michel, 1969). -1972: grand prix de l’humour de la ville d’Avignon.

Informations pratiques : Horaires: du lundi au dimanche de 10h à 18h Fermé le mardi Tarifs: 6,5 euros / 3,5 euros (réduit) Réservations pour les visites de groups: 03 88 88 50 50 Lieu: Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration 2, av. de la Marseillaise 67000 Strasbourg Arrêt tram “République- Musée Tomi Ungerer”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *