La civilisation de l’île de Pâques détruite par des négriers

Rangée de Moai à l'île de Pâques

Des négriers venant du Pérou, à la recherche d’esclaves pour l’exploitation du guano péruvien , portèrent en 1862 un coup fatal à la civilisation de l’île de Pâques.

C’est en effet à cette date que la première expédition de chasseurs d’esclaves arriva dans la baie d’Hanga-Roa.

L’arrivée des chasseurs d’esclaves

On a deux versions de cet épisode tragique. Selon la première, les chasseurs d’esclaves enchaînèrent et jetèrent dans la cale de leur navire des indigènes qui étaient montés à bord sans défiance, puis débarquèrent et rabattirent vers le rivage tous les pascuans qu’ils purent trouver, afin de les traîner de force dans leur navire. Selon une autre version de la sanglante razzia, les chasseurs d’esclaves attirèrent une bonne partie de la population de l’île de Pâques en déposant des présents sur la plage, puis les massacrèrent ou les firent prisonniers. Parmi les détenus, se trouvait Kamakoi, le roi de l’île et son fils Maurata.

Un millier d’esclaves déportés au Pérou

On estime à un millier d’hommes environ le misérable chargement de chair humaine qui arriva ainsi au Pérou pour travailler dans des conditions épouvantables dans les mines de guano. La fatigue, la mauvaise alimentation, et les épidémies, décimèrent bientôt les esclaves pascuans, à tel point que le Pérou, sous la pression de la France et de l’Angleterre, décida de rapatrier dans leur île les quelques survivants. Une quinzaine seulement arrivèrent en vie, les autres moururent durant la navigation de tuberculose et de petite vérole. Cette dernière maladie se propaga aux autres habitants de l’île qui avaient échappé aux négriers et la population fut décimée. Des guerres intestines, puis la famine faute de champs cultivés, finirent par anéantir complètement cette civilisation.

C’est un navigateur hollandais du nom de Roggeveen, à bord de l’Arena, qui découvrit l’île le 6 avril 1772. Un dimanche de Paques…

Le premier contact entre les indigènes de l’île de Pâques – de 2000 à 3000 habitants selon Roggeveen – eut lieu le lendemain de l’arrivée du bateau. Un indigène monta à bord de l’air le plus naturel sans paraître étonné par la présence des étrangers. Il arpenta le pont, s’intéressa aux cordages et au canons, comme si les problèmes techniques l’intéressaient et ne perdit contenance, raconte Alfred Metraux, dans son ouvrage sur l’île de Pâques, que lorsqu’il aperçut son image dans un miroir. L’orchestre du bord se mit à jouer de la musique et le Pascuan commença à danser. Enthousiasmé par sa bonne humeur et la confiance dont il leur témoignait, les hollandais leur offrirent de nombreux présents qu’il ramena au rivage à la nage. D’autres visiteurs montèrent à leur tour, mais le climat entre l’équipage et les indigènes commença à changer lorsque certains Pascuans dépouillèrent des marins de leurs chapeaux et sautèrent à la mer, avec leur butin. Le lendemain, la situation se dégrada encore lorsque les hollandais débarquèrent dans l’île, et firent feu sur une foule d’indigènes qui les menaçaient avec des pierres. Ce fut le premier contact des Pascuans avec le monde étranger, mais d’autres expéditions allaient se succéder, jusqu’à cette tragique année 1862 ou des marchands d’esclaves accostèrent dans l’île pour faire prisonniers des indigènes et les emmener travailler au Pérou dans des mines de guano.

Le deuxième explorateur à aborder l’île de Pâques fut l’espagnol Felipe Gonzalez y Haedo, qui en dressa la carte.

Les Espagnols dressèrent de grandes croix sur l’île, mais il n’y eut pas de conflits avec les indigènes. On dit même que les jeunes filles de l’île accordèrent en grand nombre leurs faveurs aux Espagnols qui en furent ravis. Puis ce fut Cook dont la chronique commença a faire connaître l’île de Pâques, et le tour de La Pérouse, en 1786, qui ne s’arrêta que 24 heures dans l’île,du navigateur russe Kotzebue, de l’anglais Beechey, et de Du Petit-Thouars, pour ne citer que les plus connus. En 1862, le débarquement de chasseurs d’esclaves péruviens allait marquer un tournant tragique dans l’histoire de l’île.

Avec Alfred Metraux. L’île de Paques. Editions Gallimard

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