Strasbourg: le malade imaginaire au Théatre National de Strasbourg

Le Malade imaginaire plus vivant que jamais à Strasbourg

par Alice Blanc

Représentée un nombre incalculable de fois, Le Malade Imaginaire de Molière est un de ces classiques qu’on pense connaître par cœur et incapable de nous surprendre mais c’est mal connaître la force comique du texte que révèle les comédiens du TNS. Jusqu’au 21 mars 2015, le théâtre national de Strasbourg (TNS) propose sa version de la célèbre pièce en invitant le spectateur à mettre de côtés les préjugés qu’il pourrait avoir.

La mise en scène de Michel Didym dépoussière ce classique en y insufflant une énergie incroyable et un humour d’habitude souvent confiné à la satire d’Argan. Ici, tous les personnages ont un aspect comique plus ou moins poussé selon la volonté de faire paraître l’individu comme fourbe, ingénu ou stupide. Ainsi, le médecin Thomas Diafoirus, promis à la belle Angélique forme avec son père un duo comique absurde où le fils récite avec théâtralité les belles paroles que sont père lui soufflent au point de se perdre dans sa logorrhée lorsqu’il est interrompu et de ne plus être capable de penser par lui-même. C’est un tandem efficace qui n’est pas sans rappeler celui de Laurel et Hardy, chapeaux melons compris. Toinette, quant à elle, est parfaitement campée tantôt comme une simple domestique, tantôt comme une véritable tacticienne mettant tout en place pour venir en aide à Angélique aux amours contrariés et ouvrir les yeux d’Argan sur la perte de temps et d’argent que représente ses divers lavements et prises de potions.

Portée par des acteurs vifs et justes, ce Malade Imaginaire est une œuvre aboutie où chaque aspect du personnage est exploité le plus habilement possible. Ainsi, Agran n’est pas seulement un vieil homme grincheux mais également dépeint comme un enfant capricieux et crédule n’hésitant pas à trépigner lorsqu’il est contrarié ou à se prendre au piège de son frère lui faisant croire que pour la médecine, « l’habit fait le moine » et qu’il suffit qu’il enfile le costume de médecin pour en devenir un. C’est un spectacle complet où tous nos sens sont sollicités car on rit, chante, danse et récite même des incantations dans un latin bien approximatif à mille lieux de l’image d’Epinal du vieil homme hypocondriaque affalé dans son fauteuil durant toute la pièce. Un bon remède pour sortir de la grisaille de l’hiver, à consommer sans modération.

Le Malade Imaginaire de Molière, mise en scène Michel Didym Théâtre National de Strasbourg du 10 au 21 mars 1 avenue de la Marseillaise 67000 Strasbourg
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